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Produits utilisés

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En 2001, le Québec a pris une importante décision sociale, celle de bannir l’utilisation des pesticides chimiques en milieu forestier. Depuis, plusieurs nouveaux produits biologiques ont été développés. Ils peuvent être séparés en quatre groupes : les bactéries entomopathogènes, les phéromones, les virus ainsi que les champignons entomopathogènes. Cependant, en fonction de la stratégie de gestion de l’épidémie adoptée par le Ministère des ressources naturelles, un seul groupe de produits a prouvé son efficacité : celui des bactéries entomopathogènes, telles que le Bacillus thuringiensis. Ceci fait en sorte qu’actuellement les seules formulations d’insecticides autorisées pour lutter contre les ravageurs forestiers au Québec sont celles à base de Bacillus thuringiensis var. kurstaki (Btk). Cet insecticide biologique est appliqué sur les forêts infestées à l’aide d’aéronefs spécialisés, à raison d’une dose de 1,5 litre par hectare, soit environ un carton de lait sur la superficie d’un terrain de football!

Le Btk - Origines et utilisations

L’insecticide biologique Btk est utilisé en milieu forestier au Québec depuis le milieu des années 80 et l’était partout dans le monde depuis plus de 50 ans dans d’autres domaines. Depuis ce temps, aucun cas d’infection grave ou aucun problème de santé publique n’a été rapporté. Il s’agit d’un produit sécuritaire dont les différentes formulations sont utilisées couramment en agriculture, en horticulture, en santé publique et certaines de celles-ci ont même été approuvées pour l’utilisation en agriculture biologique. Le Btk étant approuvé aussi dans le domaine de l’agriculture, Santé Canada et Environmental Protection Agency des États-Unis (EPA) n’ont prescrit aucune limite maximale sur les aliments. Par notre alimentation, plusieurs d’entre nous y avons déjà été exposés sans le savoir, mais surtout sans conséquence! Plusieurs autres variétés de Bacillus thuringiensis sont homologuées à titre d’insecticides pour traiter d’autres ordres d’insectes. Nous n’avons qu’à penser au Bacillus thuringiensis var. israelensis (le Bti), couramment utilisé pour le contrôle des insectes piqueurs dans le domaine de la santé publique. Son utilisation est même autorisée pour l’application dans les prises d’eau destinées à la consommation humaine.

Au Canada et aux États-Unis, les formulations de Btk ont été utilisées dans le cadre de plusieurs programmes de protection contre les ravageurs indigènes, mais aussi pour contrer l’expansion d’insectes exotiques indésirables. Parmi tous ces programmes, au-delà d’une centaine couvraient des milieux urbains habités, nous n’avons qu’à penser à celui de Victoria (Colombie-Britannique) en 1992, où l’ensemble du centre-ville fut protégé. Dans tous ces cas, des mesures de suivi de santé de la population touchée furent mises en place sans qu’aucun incident majeur n’ait pu être relié à ces programmes. À l’inverse, ces suivis ont plutôt démontré la sécurité des formulations de Btk pour la santé humaine.

Fiche technique sur le Bacillus thuringiensis var. kurstaki (ARLA, février 2000)
Avis de santé publique sur l’utilisation du pesticide biologique Bacillus thuringiensis en milieu forestier, agricole et urbain (MSSS, 1995)

La bactérie et sa présence dans l’environnement

Le Btk est une bactérie qui vit de façon naturelle dans les sols, endroit d’où il a été isolé initialement. Il est par contre possible d’en retrouver aussi dans l’eau ou sur la végétation sans qu’aucune pulvérisation n’ait été réalisée. Conformément à la littérature existante sur le sujet, c’est ce que la SOPFIM a pu vérifier lors des campagnes de suivi environnemental réalisées à chaque année dans le cadre des programmes de protection des forêts contre les ravageurs. En effet, il n’est pas rare de retrouver de faibles concentrations de Btk dans les cours d’eau, dans les prises d’eau et dans le sol avant le début des opérations. Bien que le Btk puisse se retrouver dans l’eau, il n’y prolifère pas. En effet, malgré des pulvérisations répétées pendant plusieurs années dans un même secteur, aucune augmentation des quantités de Btk dans l’environnement n’a été observée en 20 ans de suivi.

Mode d’action

Le Bacillus thuringiensis est une bactérie qui a la faculté de produire une protéine cristalline qui se transforme en toxine lorsque placée dans un environnement basique (alcalin). Or, il s’avère que les insectes de l’ordre des lépidoptères, lequel comprend les principaux ravageurs forestiers au Québec, possèdent tous un système digestif alcalin. Donc lorsqu’un insecte ravageur de l’ordre des lépidoptères se nourrit de feuillage traité au Btk, la toxine libérée par le cristal détruira les parois de son intestin, le forçant à arrêter de se nourrir. La mort surviendra environ deux à cinq jours plus tard. Le Btk doit obligatoirement être ingéré par l’insecte pour avoir un effet toxique, il ne s’agit pas d’un insecticide de contact.

Spécificité du produit

Le Bacillus thuringiensis est une bactérie très spécifique aux insectes, car la protéine cristalline ne peut libérer sa toxine qu’en présence d’un environnement alcalin. Ce qui rend le Btk plus spécifique aux lépidoptères qu’aux autres insectes possédant aussi un estomac alcalin vient du fait que les toxines peuvent se lier à des récepteurs spécifiques situés à l’intérieur de l’intestin. En l’absence de ces récepteurs, les toxines ne peuvent exercer leurs effets sur l’insecte. L’insecticide n’a donc pas d’effet sur les autres ordres d’insectes, qu’ils soient aquatiques ou terrestres. Pour ce qui est des 282 autres espèces de lépidoptères non visés que l’on retrouve au Québec, l’impact est jugé plus que négligeable. En effet, tel qu’il est décrit dans l’étude d’impact de 1992, seulement dix espèces de lépidoptères pourraient être présentes en milieu forestier au moment de la réalisation des travaux de protection (juin). La présence de ces dix espèces est cependant dépendante de certaines plantes hôtes qui sont plutôt rares en milieu forestier. De plus, pour être vulnérables au Btk, les lépidoptères non visés doivent être à un stade larvaire et s’alimenter. Ce ne sont donc pas toutes ces dix espèces qui sont à un stade vulnérable au mois de juin. Les impacts négatifs sont donc pratiquement absents.

Innocuité

La littérature disponible démontre que la bactérie peut être ingérée par un humain ou par tout autre mammifère et passer à travers l’estomac acide sans s’activer, c’est-à-dire qu’elle ne libèrera aucune toxine. En 2008, lors de la réévaluation des insecticides à base de Bacillus thuringiensis, l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) de Santé Canada venait à la conclusion que « les produits à base de Bt ne sont présentement pas un risque inacceptable pour la santé humaine ni pour l’environnement s’ils sont utilisés selon le mode d’emploi figurant sur leur étiquette ». Le Btk étant une bactérie d’origine naturelle, la majorité des humains seront entrés en contact avec celle-ci durant leur vie, sans éprouver le moindre symptôme. Quant aux suivis médicaux réalisés sur des travailleurs exposés à des doses de loin supérieures à celles retrouvées dans l’environnement à la suite de pulvérisations, aucun cas d’infection ou de problème de santé grave n’a encore été rapporté. De plus, plusieurs études indépendantes réalisées sur des mammifères, des oiseaux, des amphibiens, des poissons, d’autres insectes, etc. ont permis de démontrer sa non-toxicité.